Vous avez tous entendu les annonces spectaculaires : nous allons dans les prochaines années renouer avec les grandes heures de l’exploration spatiale humaine lointaine. On a vu ces derniers temps les essais, souvent très médiatisés, des futures capsules chargées d’emmener des astronautes sur la Lune, vers Mars et… au-delà, comme dirait l’ami Buzz Lightyear. Oui mais, une fois sur place… qu’est-ce qu’on mange, ce soir ?…

Les missions Apollo ont marqué les esprits par leur caractère inédit. Sauf qu’à l’époque, nous avons à peine fait plus que l’aller-retour. Si nous voulons retirer de réels apports scientifiques et techniques de nos excursions vers les destinations plus ou moins proches de notre Système Solaire, cette fois, il va falloir y rester sur de longues périodes, pour pouvoir y travailler. Et là, c’est comme la différence entre une balade dans la nature et un bivouac de plusieurs semaines : il va falloir commencer à penser logistique… 

Crédits photographiques: ESA / NASA

Les premiers conquérants de l’Ouest n’auraient pas été grand-chose
sans leur chariot.

… et ça reste vrai pour la conquête spatiale ! L’ESM, pour European Service Module, va être le « chariot », le véritable ange-gardien, conçu et produit par l’ESA pour le vaisseau spatial Orion de la NASA qui enverra des astronautes vers la Lune et au-delà. Partie intégrante de ce dernier, il lui fournira l’électricité, l’eau, l’oxygène et l’azote sur la durée, via les réservoirs de consommables de la mission. Mais ce n’est pas tout !  Le module ESM aura aussi la tâche vitale de maintenir le vaisseau à la bonne température. La structure du module sera aussi l’épine dorsale de l’ensemble du véhicule, comme un châssis de voiture. Enfin, ESM propulsera et maintiendra l’ensemble d’Orion sur sa trajectoire, grâce à 3 jeux de moteurs complémentaires.

ESM sera un vrai concentré de ressources, rassemblées dans seulement 4 mètres de long et 5,2 m de diamètre au décollage. Une fois Orion au-dessus de l’atmosphère et le carénage de la fusée largué, les panneaux solaires de l’ESM se déploieront pour s’étendre sur 19 m. Venez découvrir sa maquette !

Il vous dira peut-être quelque chose : il ressemble au véhicule de transfert automatisé de l’ESA (ATV : Automated Transfer Vehicle), qui servait au ravitaillement de la Station Spatiale Internationale, et à partir duquel il a évolué. 5 de ces véhicules ont livré ces dernières années des fournitures à la Station et ont aidé à maintenir l’avant-poste en orbite. ESM en sera l’héritier. Il est construit par Airbus Defence and Space en tant qu’entrepreneur principal, avec de nombreuses entreprises dans toute l’Europe fournissant des composants. Le produit final est assemblé en Europe avant d’être expédié à la NASA aux USA. 2 ESM ont déjà été livrés : Europe, go for launch, Houston !  😉

L’ESM et Orion se connecteront au Gateway, une station orbitale lunaire permanente servant de relais avant la descente sur la Lune avec un atterrisseur. 

Un peu plus d’infos ?

Tenir durablement sur la Lune, malgré la nuit lunaire

Les astronautes d’Apollo n’ont jamais vécu et travaillé pendant la nuit lunaire : elle dure 14 ‘jours’ et les températures à la surface chutent jusqu’à… -170 °C ! Au moment où toutes les agences spatiales internationales poussent vers la Lune, pour s’y installer durablement il va falloir affronter ce défi, et pour cela il faudra un sérieux stock de consommables !

Une équipe d’ingénieurs de l’ESA prépare en ce moment même l’EL3, pour European Large Logistic Lander : l’atterrisseur européen de soutien logistique vital pour le programme Artemis de la NASA. L’EL3 apportera notamment une part importante de la nourriture, de l’eau, de l’air et de l’équipement à un équipage de 4 femmes et hommes travaillant sur la Lune pendant la nuit. La mission de livraison de fret de 1,5 tonnes est bien plus qu’un simple cargo : c’est un kit de survie pour les explorateurs de la nouvelle frontière. Et ce n’est pas un voyage anodin : rappelons quand-même qu’au cours des 20 dernières années, la moitié de toutes les tentatives d’alunissage internationales se sont soldées par un échec !

A chaque mission, EL3 emportera aussi des instruments scientifiques ainsi que des démonstrateurs technologiques, comme pour l’utilisation des ressources lunaires. La polyvalence est donc l’atout clé. Et la capacité d’emport est à cette image : avec une masse de 3,5 tonnes à vide une fois aluni (donc en fait seulement 550 kg sur la Lune, merci la gravité réduite !), il peut délivrer 1,5 tonnes de fret sur place, dans ses 6 mètres de haut sur 4,4 mètres de diamètre. Râblé, et costaud, l’EL3 !

Le projet est dans une phase d’étude intensive et deviendra un projet spatial à part entière, s’il est finalement approuvé fin 2022. Nous, on croise les doigts ! Go Europe, go !!

Une petite vidéo pour se mettre dans l’ambiance ? 

Crédits photographiques ESA ATG - Medialab
Crédits photographiques ESA / NASA

Les missions de l’ESA
ne s’arrêtent pas là

En coordonnant les ressources financières et intellectuelles de ses membres, l’ESA peut entreprendre des programmes et des activités qui vont bien au-delà de ce que pourrait réaliser chacun de ces pays à titre individuel.  Elle unit désormais les efforts des 22 états membres de l’Union Européenne, mais aussi de la Lettonie, la Lituanie et la Slovénie (états membres associés). Le Canada participe également à certains programmes de l’ESA au titre d’un accord de coopération, et l’Agence a signé des Accords d’État coopérant européen avec la Bulgarie, Chypre et la Slovaquie et des accords de coopération avec la Croatie et Malte.

L’ESA, qui travaille en étroite collaboration avec l’industrie européenne, les agences spatiales nationales et l’Union européenne, et coopère avec les agences spatiales du monde entier, participe à toutes les activités spatiales européennes: surveiller la Terre (changement climatique, inondations, grands incendies… ou météo, si cruciale pour la sécurité et l’efficacité de tant d’activités au sol), connecter le monde (vivre des événements en direct, obtenir l’accès au Web dans les régions reculées), naviguer autour du globe (système de géolocalisation Galileo), ou encore rendre l’espace plus sûr (maitrise des débris spatiaux, des risques liés aux astéroïdes, des risques liés aux vols habités dans ce milieu extrême).

C’est aussi aller de l’avant en explorant pour repousser les limites de la connaissance, de la technologie, et des capacités opérationnelles (vous vous souvenez de la mission Rosetta et son incroyable ‘atterrissage’ sur une comète ? Ou des missions en cours de recherche de traces de vie sur Mars). Et puis, c’est aussi l’ESA qui offre à l’Europe et ses scientifiques leur propre accès à l’espace, avec le centre Kourou en Guyane, et le développement de ses propres lanceurs, Ariane et Vega.

Ça doit faire des journées chargées, non ?…    😉

Devenir astronaute pour l’ESA

Représentant toute l’humanité, ces voyageurs pas comme les autres testent les limites du corps humain dans l’espace, effectuent des recherches, soutiennent le développement de nouvelles technologies et explorent les merveilles de l’Univers dans l’un des environnements les plus extrêmes imaginables.

En raison des défis et de l’hostilité de la vie dans l’espace, les astronautes passent une grande partie de leur formation professionnelle. Le Centre Européen des Astronautes, EAC (en version internationale) est situé à Cologne, en Allemagne. La plupart des astronautes de l’ESA y sont stationnés lorsqu’ils ne sont pas affectés à une mission. Mais ils passent également une grande partie de leur temps à voyager entre d’autres centres de formation tels que Roscosmos en Russie et la NASA et SpaceX aux États-Unis.

Les candidats astronautes doivent posséder d’excellentes habiletés motrices fines, et une bonne condition physique… ce qui ne veut pas non plus dire des surhommes mais plutôt des sportifs équilibrés ! Mais astronaute, ce n’est pas que le physique, et de loin…

La capacité de bien travailler au sein d’une équipe interculturelle et interdisciplinaire et de rester calme sous pression est essentielle : une communication claire, concise et attentionnée est indispensable, parfois dans des situations difficiles. Ajoutez de solides compétences analytiques, la capacité d’assimiler et de synthétiser rapidement des informations complexes et de solides capacités de prise de décision.

Vous touillez tout ça dans une éprouvette, et vous obtenez le gendre idéal : Thomas Pesquet !

Nous, prudents, on reste organisateurs de festivals. C’est déjà… bien assez complexe !!

Crédits photographiques ESA / NASA

Envie de les rencontrer ?