C’est l’histoire d’un très, très grand neurochirurgien* et d’un non moins grand chercheur** qui se rencontrent dans un bar 😉 De quoi parlent-ils ? Du nombre de fois où la recherche passe plusieurs années à développer une solution médicale, sans être autorisée, en phase amont, à se déployer sur le terrain. Et donc sans pouvoir se nourrir efficacement, « en ping-pong », des ressentis et retours d’expérience du personnel hospitalier, sur ces nouvelles solutions envisagées.


Alors, nos 2 visionnaires en arrivent à cette profession de foi :

Crédits photographiques: Clinatec _ Juliette Treillet

Les malades n’ont pas le temps d’être… patients !

Avec le soutien massif des structures d’appartenance de chacun, le CHU de Grenoble et le CEA, ils ont fondé CLINATEC : une équipe de roboticiens, mathématiciens, physiciens, électroniciens, informaticiens, biologistes… qui mettent directement leurs efforts en commun avec des neurologues, des chirurgiens et des personnels de soins. Tout ça, autour de 6 chambres d’hôpital directement délocalisées au cœur de ce centre de recherche pas comme les autres. A la clé : l’alchimie parfaite entre une plateforme de prototypage de pointe, et un hôpital doté des meilleurs équipements. De quoi observer de façon bien plus complète et globale ce qui se passe dans l’organisme d’un patient lors d’un essai.

Futé : on se donne les meilleures chances de diminuer au maximum le risque d’effets secondaires indésirables. Et en même temps, de donner un vrai coup de turbo à la validation précoce de nouveaux traitements. Enfin, sur le même campus, des partenaires industriels réfléchissent déjà en parallèle à des solutions de production, pour que les percées thérapeutiques puissent au plus vite être diffusées au plus grand nombre.

Bref : tous ensemble, ils ont tracé le plus court chemin entre l’idée fulgurante d’un chercheur et sa mise en application massive. De quoi mettre une sérieuse claque à pas mal de maladies qu’on voyait jusque-là comme des impasses !

Ils ont su rendre la mobilité
à des traumatisés para- et tétraplégiques

Il y a chaque année en France plus de 1000 blessés de la moelle épinière : 2 sur 3 ont moins de 35 ans lorsque leur vie bascule. 60% d’entre eux resteront paralysés des jambes et 40 % perdront l’usage de tous leurs membres, les rendant définitivement dépendants de leurs proches pour les moindres gestes du quotidien, 24h/24. Leur corps, non sollicité, se fragilise, et la douleur est souvent un compagnon permanent.

La belle ‘tribu d’ingénieux’ de CLINATEC a décidé de rebondir sur un constat : on provoque la même activité cérébrale, que l’on exécute vraiment un mouvement… ou qu’on imagine qu’on le fait. Et c’est là qu’est l’avancée géniale : ils ont mis au point un capteur, implanté juste contre le cerveau, qui recueille les intentions de mouvement, et les relaie vers un appareil embarqué, qui a appris à les décoder. Il n’y a plus alors qu’à convertir ces intentions en commandes concrètes envoyées vers un exosquelette, pour permettre à une personne tétraplégique de se ‘piloter’ elle-même, en totale autonomie.

Après une phase d’apprentissage pour bien contrôler les impulsions quelle envoie au système, la personne peut non seulement retrouver l’usage de la marche, mais, encore plus remarquable d’un point de vue médical et encore plus crucial pour son autonomie, de la préhension, comme par exemple contourner des objets pour aller en saisir un autre.

Découvrez un beau reportage sur le projet

Chez CLINTEC, ils sont décidément un peu trop modestes ! Allez donc leur demander de vous raconter comment il a fallu trouver une façon d’implanter le capteur de façon aussi peu invasive que possible dans le crâne… créer des briques de transmission des données, sans fil mais sécurisée, vers le boitier d’analyse… développer des algorithmes de pointe pour traiter des volumes de données gigantesques, en temps réel, et garantir une bonne réactivité…

En avant toute, et… vive la vie !

En savoir plus

Crédits photographiques: Clinatec _ Juliette Treillet

… et ils ne font
pas que ça !

Chaque connaissance acquise par les équipes de CLINATEC (et le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont affutées), est l’occasion d’explorer des débouchés dans de nombreux domaines thérapeutiques. Des recherches sont actuellement en train de porter leurs fruits sur le traitement de fond de la maladie de Parkinson, de la SLA (la maladie de Stephen Hawking), d’Alzheimer…

Et puis, ils avancent aussi à grands pas sur la recherche de biomarqueurs de pathologies, ou comment assurer la détection précoce de cancers et de maladies neurodégénératives avec une simple prise de sang.

Chouette !! Voilà typiquement des scientifiques qui savent pourquoi ils/elles se lèvent chaque matin !

 

* Pr Alim-Louis BENABID, neurochirurgien, inventeur notamment du 1er traitement symptomatique décisif face à la maladie de Parkinson.

** Jean THERME, à la tête de la recherche technologique du CEA. Il a œuvré dans l’optique de pousser l’expertise grenobloise en électronique et en micro-nanotechnologies.

Envie de les rencontrer ?