Decathlon, ici ?… Oh que oui : on oublie un peu souvent que l’enseigne n’est pas un simple distributeur de produits de sport : ayant ses propres marques, elle les crée pour de bon. La révolution de la tente qu’on jette en l’air et qui prend tout de suite sa forme, ça vous dit quelque chose ?…


Et elle invente à haut débit : plus de 2000 produits créés chaque année pour près de 90 sports, depuis l’analyse de la pratique sportive concernée jusqu’au prototype, puis sa production en série. Avec une jolie maîtrise à la clé, quand on voit qu’ils arrivent à nous sortir un grand nombre de produits qui ne sont pas devenus iconiques sans raisons ! La 2 seconds, ce n’est pas un cas isolé : vous avez déjà mis le nez dans un masque de Easybreath pour explorer les fonds marins ? C’est un peu comme passer d’un œil de bœuf tout flou à un dôme Imax en HD, non ?   😉

Crédits photographiques: Decathlon

Conception générative, Kezako ?

Quand un designer bosse sur un produit, il observe les utilisateurs et comprend leurs besoins d’usage, dans l’objectif d’y répondre de la meilleure des façons. Ensuite, quand il commence à poser les grandes lignes structurelles de l’objet, il l’imagine dans les limites que lui fixe son idée préconçue, culturellement ancrée chez chacun de nous, de ce à quoi ressemble ‘normalement’ l’objet en question. Eh bien un logiciel de conception générative, lui, c’est… un designer sans culture inconsciente ! Avec cette approche générative, on conserve bien-sûr la phase d’exploration des besoins d’usage, mais une fois qu’on passe à la conception technique, on lâche les chevaux !

Designers et ingénieurs fournissent simplement dans un logiciel les contraintes incontournables, nécessaires, liées à l’objet (quel poids il aura à supporter, la morphologie type d’un utilisateur…). Partant de là, le logiciel va essayer, en quelques minutes, des milliers de solutions possibles capables de répondre techniquement parlant à ce cahier des charges. Sans se fixer de limites préconçues. Et donc en ouvrant parfois radicalement le champ des possibles.

Qui plus est, il va le faire en prenant en compte, dès cette phase initiale, les techniques de production industrielle réalistes pour produire la forme (ajout de matière ? extrusion à partir d’un bloc ?). L’objet à la clé est… totalement nouveau, et à coup sûr réaliste et industrialisable. 

Sortir de l’impasse du vélo en fibre de carbone

Pour Decathlon, choisir le vélo comme terrain d’essai est non seulement symbolique (leur 1er produit créé), mais c’est surtout la volonté d’en finir avec la fibre de carbone, qui est une impasse écologique, nous ont confié leurs designers. La fibre, même si très légère, ne permet pas de faire du sur-mesure, et surtout elle n’offre aucune solution en fin de vie, énorme bémol sur son empreinte écologique. L’objectif de ce projet était de réaliser un vélo aussi léger qu’en fibre de carbone mais sur une base métallique, tout en préservant l’esthétique.

Concrètement, le logiciel, conçu par Autodesk, reçoit pour mission de préserver le cahier des charges : aérodynamisme, résistance, freinage, vitesse, et modélisation d’un mannequin 3D. L’objectif est de concevoir une structure (fourche, cadre) qui relève ces défis tout en optimisant son poids. Pari réussi : après une poignée d’itérations, un prototype beaucoup plus léger, requérant nettement moins de matériaux. Et qui plus est, recyclables.

Hep ! Moins de matière, c’est le meilleur moyen pour tenir la promesse faite par Decathlon de réduire ses émissions de carbone de 40% en 10 ans ! Ecoconception, nous voilà ! Pour autant, on ne verra pas tout de suite ce vélo incroyable, qui reste un projet exploratoire, dans les rayons des magasins. Prochaine étape : un prototype physique et roulant via l’impression métal.

Decathlon a initié en interne un vaste projet, baptisé Sports Mates, qui expérimente la manière dont les nouvelles technologies peuvent avoir un impact sur le travail des designers. La conception générative y a prouvé sa place de choix, car elle permet aux équipes de se libérer de la partie technique pure (la machine le fait plus vite et sur un plus large spectre), pour se concentrer davantage sur l’amont (la conception, et la compréhension des vrais piliers de la pratique utilisateur), et sur l’aval : le petit supplément d’âme qui fait que mon vélo ne sera pas seulement performant, mais aussi mon nouveau coup de cœur !

Avec souvent le bonheur de pouvoir utiliser comme base des formes radicalement inattendues, quasi organiques. Comme nous dit l’un d’eux avec les yeux qui brillent, « paradoxalement, on a l’impression de refaire parler la nature ».

On fait les présentations ?

Crédits photographiques: Decathlon
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Crédits photographiques: Decathlon
Crédits photographiques: Decathlon

Un petit coup d’oeil sur le casque, lui aussi en conception générative ?…

Envie de les rencontrer ?