Proverbe supposément chinois, mais en tout cas plein de sens : « Quand la baignoire déborde, l’étourdi essuie. Le sage, lui, ferme le robinet ». C’est sans doute ce que se sont dit le navigateur-aventurier Yvan Bourgnon, et les courageux de son association, pour choisir un nouvel angle d’attaque face au déprimant continent de plastique apparu depuis quelques années sur nos océans.


Ils ont mis au point le Manta, un incroyable bateau-usine qui va aller collecter ces déchets directement à la source, et en transformer la plus grande partie à bord, pour en faire son propre carburant.


A la source ? Nous parlons des embouchures des grands fleuves les plus pollués du Monde et des zones d’accumulation des déchets plastiques le long des côtes, et, plus ponctuellement, des zones frappées par une catastrophe climatique. Avant que ces déchets ne se fragmentent en microparticules !

Crédits photographiques: SYNTHES3D pour The SeaCleaners

5 à 10 000 tonnes de déchets collectés par an,
dont plus de 90% gérés à bord

Le Manta voit les choses en grand : avec presque 60 mètres de long, 62m de haut, 46 mètres de large avec ses filets de collecte et plus de 1800 tonnes sur la balance, il collectera jusqu’à 3 tonnes de déchets par heure, 20 heures par jour, 7 jours sur 7. Ses filets spécialement conçus seront capables de piéger des déchets aussi petits qu’1 centimètre, et jusqu’à une profondeur d’1 mètre.

Mais surtout, l’équipe a toujours gardé en tête que l’objectif ne devait pas être simplement de stocker ces déchets à bord, mais d’en faire un exemple vertueux d’économie circulaire : 90 à 95% des déchets seront convertis… en énergie pour le bateau ! D’abord triés manuellement et conditionnés pour augmenter leur efficacité énergétique, ils seront ensuite traités dans une unité de conversion énergétique des déchets, par une unité embarquée, afin de produire l’électricité qui alimentera les équipements du Manta.

Rien n’est gaspillé. Tout ce qui est collecté est converti en composant utile, et le système ne rejette que très peu de CO2 et très peu d’émissions polluantes dans l’air.

 

Crédits photographiques: SYNTHES3D pour The SeaCleaners

Ils l’ont pensé propre… jusqu’au dernier rivet !

Crédits photographiques: SYNTHES3D pour The SeaCleaners

Le Manta peut fonctionner 50 à 75% du temps sans utiliser d’énergie fossile. Car quand l’énergie issue des déchets ne suffit pas, tout est prévu à bord, et de façon vertueuse, s’il vous plait, avec un véritable arsenal d’énergie verte : 2 éoliennes (100 kW), 500m² de panneaux solaires photovoltaïques (100 kWc), et 2 hydro-générateurs (100 kW) entrainés par une hélice mue par l’avancée du bateau quand il est sous propulsion à voiles.

Car oui : la voile reste son moyen de déplacement privilégié. Agile et économe, le Manta peut atteindre une vitesse de pointe de plus de 12 nœuds pour se rendre rapidement sur les zones d’intervention. Le moteur électrique n’est finalement utilisé que pour pouvoir rester manœuvrants à basse vitesse (entrée et sortie des ports) et pour les collectes, qui s’effectuent à 2 ou 3 nœuds, tout en conservant une empreinte écologique réduite.

Même pour la structure, Yvan et son équipe ont obsessionnellement choisi les meilleurs matériaux, les plus durables, les plus recyclables, ceux qui ont le bilan carbone le plus faible, depuis la première étape d’extraction des ressources nécessaires à leur assemblage, à la dernière étape de leur cycle de vie. Par exemple, les coques du Manta seront en acier recyclables à 95% et sa superstructure, avec cabine et timonerie, en aluminium recyclable à 100%.

Plus de détails ?

Propre, on vous dit ! Nous, on embarque sans hésiter ! Par où on commence ? En 2024, le Manta appareillera à destination de ses premières missions. En tout, plus de 20 fleuves prioritaires ont été identifiés, avec de tristes candidats comme le Yangtsé en Chine (333 000 tonnes de déchets plastiques déversés par an à son embouchure…) et le Gange en Inde (115 000 tonnes). Oui, il était vraiment temps d’agir ! Merci les amis !

Les futures missions du Manta

Yvan Bourgnon, pour l’amour de la mer

Yvan Bourgnon commence à naviguer dès l’âge de 8 ans avec ses parents pour un tour du monde, où il découvre l’océan… qu’il ne quittera jamais.

Il s’est forgé un palmarès de course impressionnant en multicoque de sport et également en courses au large. Avec son frère aîné, Laurent Bourgnon, il a remporté la Transat Jacques-Vabre en 1997.

Détenteur de plusieurs records du monde, il pousse la navigation à l’extrême en entamant une série d’aventures inédites en solitaire, sur son catamaran non-habitable, sans instruments et sans assistance, notamment un tour du monde de 2013 à 2015 et le passage du Nord-Ouest permettant de relier le Groenland à l’Alaska en 2017.

Crédits photographiques: Vanessa Cardoso

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